L'archipel du chien
by Philippe Claudel
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« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que quelque chose allait se produire.
Ce fut déjà et cela dès l’aube une chaleur oppressante, sans brise aucune. L’air semblait s’être solidifié autour de l’île, dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait ça et là l’ho
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une nouvelle peste
J'admirais Philippe Claudel pour sa plume, c'est un grand virtuose de l'écriture, mais je lui trouvais toujours un petit arrière-gout dépressif, me plaignait de sa profonde mélancolie.
Là, c'est autre chose: à votre guise métaphore, parabole, conte, fable ou, tristement, la pure et simple réalité, dans toute sa noirceur.
Ce que je trouve admirable, c'est de réussir, avec des suspenses, des rebonds, des coups de scène, à traiter la matière dont tout le monde parle, si mal: notre responsabilité dans ce qui se passe en ce moment, et à tous les moments, lorsque l'humain se perd.
Il débute ainsi: "« L’histoire qu’on va lire est aussi réelle que vous pouvez l’être. Elle se passe ici, comme elle aurait pu se dérouler là. Il serait trop aisé de penser qu’elle a eu lieu ailleurs. Les noms des êtres qui la peuplent ont peu d’importance. On pourrait les changer. Mettre à leur place les vôtres. Vous vous ressemblez tant, sortis du même inaltérable moule. »
Et toutes les promesses sont maintenues.
L'histoire se déroule, implacable: trois cadavres sont découverts dès le début, ils portent avec eux tout le mal du monde: corruption - exploitation- mensonges - silences- connivence - indifférence - cruauté - faiblesse, faiblesse surtout... et j'en passe!
La facture de roman policier est parfaitement maîtrisée: nous avons le Commissaire, homme désabusé et cynique (sur lequel je ne peux vous dire plus mais surprise il y aura), Le Maire, banal, médiocre petit homme politique de chacun de nos quartiers, les assassins, les complices, les héros, dans un ballet moral qui nous fera honte, car, comme le dit Claudel, nous nous ressemblons tant.
Les dialogues entre le Docteur et l'Instituteur ont curieusement rappelé à ma mémoire ceux de Meursault et de Tarrou dans la peste de Camus; on n'est pas loin de là.
Autour, au-dessus et au-dessous de l'histoire, l'ile, synthèse de tous les jardins perdus, ses villages claustrophobes à la Simenon, qui gronde et participe avec son volcan, ses puanteurs, sa forme meme, de Chien, haletant, du début jusqu'à la fin.