Central Park
by Guillaume Musso
(*)(*)(*)(*)( )(841)
New York, huit heures du matin. Alice, jeune flic parisienne, et Gabriel, pianiste de jazz américain, se réveillent menottés l’un à l’autre sur un banc de Central Park. Ils ne se connaissent pas et n’ont aucun souvenir de leur rencontre. La veille au soir, Alice faisait la fête avec ses copines sur les Champs-Élysées tandis que Gabriel jouait du piano dans un club de Dublin. Impossible ? Et pourtant… Les questions succèdent à la stupéfaction. Comment se sont-ils retrouvés dans une situation aussi périlleuse ? D’où provient le sang qui tache le chemisier d’Alice ? Pourquoi manque-t-il une balle dans son arme? Pour comprendre ce qui leur arrive et renouer les fils de leurs vies, Alice et Gabriel n’ont pas d’autre choix que de faire équipe. La vérité qu’ils vont découvrir va bouleverser leur existence…

Cri1967's Review

Cri1967Cri1967 wrote a review
(*)(*)(*)(*)( )
En plein cœur de toute difficulté se cache une possibilité.
D’abord le souffle vif et piquant du vent qui balaie un visage.
Le bruissement léger des feuillages. Le murmure distant d’un ruisseau. Le piaillement discret des oiseaux. Les premiers rayons du soleil que l’on devine à travers le voile de paupières encore closes. Le craquement des branches. L’odeur de la terre mouillée. Celle des feuilles en décomposition. Les notes boisées et puissantes du lichen gris.
Alice Schäfer ouvrit les yeux avec difficulté.
La lumière du jour, belle, douce, presque irréelle naissant. Trempée de sueur glacée, elle grelottait. Elle avait la gorge sèche et un goût violent de cendre dans la bouche. Ses articulations étaient meurtries, ses membres ankylosés, son esprit engourdi.
Lorsqu’elle se redressa, elle prit conscience qu’elle était allongée sur un banc rustique en bois brut. Stupéfaite, elle découvrit soudain qu’un corps d’homme, massif et robuste, était recroquevillé contre son flanc et pesait lourdement sur elle.
Alice étouffa un cri et son rythme cardiaque s’emballa brusquement.
C’est alors qu’elle constata que sa main droite était menottée au poignet gauche de l’inconnu.
Prudemment, elle se pencha en avant pour mieux distinguer son visage. C’était celui d’un homme, entre trente-cinq et quarante ans, aux cheveux châtains en bataille et à la barbe naissante.
Le type était inconscient, mais il n’était pas mort. Le connaissait-elle ?
À présent, une migraine lancinante irradiait dans ses tempes
Sa mémoire était paralysée, gelée, bloquée sur une dernière image: le soir précédente, elle était sortie faire la fête avec trois copines sur les Champs-Élysées. Elle avait beaucoup bu.
Et puis black out total.
Elle refusa de se laisser abattre. À l’évidence, un événement grave s’était déroulé celle nuit - là. Mais, si elle n’avait plus aucun souvenir de cet épisode, l’homme à qui elle était enchaînée allait rapidement lui rafraîchir la mémoire. Du moins, c’était ce qu’elle espérait.
Ami ou ennemi? Elle ignorait où ils étaient sommes et comment ils s'étaient retrouvés enchaînés l’un à l’autre.
Alice Schäfer était une blonde élancée d’une trentaine d’années, dont le chignon était sur le point de se dénouer. Son visage était dur, mais harmonieux. Elle était capitaine de police à la brigade criminelle de Paris. Flics des pieds à la tête. Flics jusqu’au bout des ongles. Flics jusqu’au plus profond de son être.
L'homme disait d'être américain et pianiste de jazz. Son nom était Gabriel Keyne et en temps normal, il habitait à Los Angeles, mais il était souvent sur les routes à cause des concerts. Mais il disait la vérité? Il était vraiment pianiste de jazz, ou il était lui même flic ou médicine ... ou ?...
Le soir précédent, il avait joué au Brown Sugar, un club de jazz du quartier de Temple Bar,à Dublin. Après le concert, il s'était installé au bar et il avait peut-être un peu forcé sur le Cuba libre. Et puis il ne savait plus rien.
Pourquoi Gabriel et elle n’avaient-ils aucun souvenir de ce qui s’était passé la nuit dernière ? Par quels moyens avaient-ils pu se retrouver à Central Park ? À qui appartenait le sang sur le chemisier de Alice ? Où s’était-elle procuré la pistolet ? Pourquoi manquait-il une balle dans le chargeur ? Qui avait écrit au creux de sa main le numéro de téléphone de l’hôtel ? Qui avait lacéré au cutter le bras de Gabriel ? Pourquoi avait-on électrifié celle mallette - là? Que contenait celle seringue - là?
Même si la réalité était difficile à admettre, il n’y avait plus aucun doute à présent. Ils s’étaient réveillés au cœur du « Ramble », l’endroit le plus sauvage de Central Park à New York.
Soudain, le flot de souvenirs remonte plus loin dans le temps, porté par le courant d’un fleuve qui prend sa source au cœur de la douleur et Alice se sentait très seule, envahie par le chagrin et le désarroi. Des flashs aveuglants crépitèrent dans son esprit. Elle repensait à Paul. À leur première rencontre. A leur bébé.
Les souvenirs remontaient à la surface, jaillissant dans son esprit avec la puissance d’un geyser. Les souvenirs de jours heureux qui ne reviendraient plus.
Il y a des moments rares dans l’existence où une porte s’ouvre et où la vie nous offre une rencontre que nous n’attendions plus. De rares instants où quelque chose se déverrouille en nous.
Celle de l’être complémentaire qui vous accepte tel que nous sommes, qui nous prenons dans notre globalité, qui devine et admet nos contradictions, nos peurs, notre ressentiment, notre colère, le torrent de boue sombre qui coule dans votre tête. Et qui l’apaise. Celui qui nous tend un miroir dans lequel nous n’avons plus peur de nous regarder.
Il suffit d’un instant. Un regard. Une rencontre. Pour bouleverser une existence. La bonne personne, le bon moment. Le caprice complice du hasard.
Il faut avoir connu ces moments. Ils durent rarement.
Gabriel s’approcha prudemment à Alice Schäfer. Alice Schäfer était en guerre. Mais, derrière la dureté de ses traits, on devinait par intermittence l’esquisse d’une autre femme, plus douce et plus paisible.
Les hommes, comme Gabriel, cherchent la lumière dans un jardin fragile où frissonnent les couleurs.
La fragilité de cette femme, la solitude qui émanait de ce corps abandonné résonna en lui comme un douloureux écho. Il n’avait fallu que deux secondes, un simple regard posé sur elle, pour que sonnent les trois coups du destin et que, happé par une force irrationnelle, il sache qu’il allait tout faire pour aider Alice Schäfer.
Il y aura des matins clairs et d’autres obscurcis de nuages.
Il y aura des jours de doute, des jours de peur, des heures vaines et grises.
Il y aura des parenthèses légères, des promenades en bord de mer, l’odeur de l’herbe coupée, la couleur d’un ciel de traîne, des jours de pêche à marée basse.
Il y aura de la sueur, du sang, le premier cri d’un bébé. Un échange de regards. Un pacte pour l’éternité.
Et chaque fois, Alice montera au front, la peur au ventre, le cœur serré, sans meilleure arme que son envie de vivre encore.
Chaque fois, elle lui dira que, quoi qu’il puisse t’arriver à présent, tous ces moments arrachés à la fatalité valaient la peine d’être vécus.
En plein cœur de toute difficulté se cache une possibilité.
Le temps passera, la vie continuera.
Et Alice s’y accrocheras.

Cri1967Cri1967 wrote a review
(*)(*)(*)(*)( )
En plein cœur de toute difficulté se cache une possibilité.
D’abord le souffle vif et piquant du vent qui balaie un visage.
Le bruissement léger des feuillages. Le murmure distant d’un ruisseau. Le piaillement discret des oiseaux. Les premiers rayons du soleil que l’on devine à travers le voile de paupières encore closes. Le craquement des branches. L’odeur de la terre mouillée. Celle des feuilles en décomposition. Les notes boisées et puissantes du lichen gris.
Alice Schäfer ouvrit les yeux avec difficulté.
La lumière du jour, belle, douce, presque irréelle naissant. Trempée de sueur glacée, elle grelottait. Elle avait la gorge sèche et un goût violent de cendre dans la bouche. Ses articulations étaient meurtries, ses membres ankylosés, son esprit engourdi.
Lorsqu’elle se redressa, elle prit conscience qu’elle était allongée sur un banc rustique en bois brut. Stupéfaite, elle découvrit soudain qu’un corps d’homme, massif et robuste, était recroquevillé contre son flanc et pesait lourdement sur elle.
Alice étouffa un cri et son rythme cardiaque s’emballa brusquement.
C’est alors qu’elle constata que sa main droite était menottée au poignet gauche de l’inconnu.
Prudemment, elle se pencha en avant pour mieux distinguer son visage. C’était celui d’un homme, entre trente-cinq et quarante ans, aux cheveux châtains en bataille et à la barbe naissante.
Le type était inconscient, mais il n’était pas mort. Le connaissait-elle ?
À présent, une migraine lancinante irradiait dans ses tempes
Sa mémoire était paralysée, gelée, bloquée sur une dernière image: le soir précédente, elle était sortie faire la fête avec trois copines sur les Champs-Élysées. Elle avait beaucoup bu.
Et puis black out total.
Elle refusa de se laisser abattre. À l’évidence, un événement grave s’était déroulé celle nuit - là. Mais, si elle n’avait plus aucun souvenir de cet épisode, l’homme à qui elle était enchaînée allait rapidement lui rafraîchir la mémoire. Du moins, c’était ce qu’elle espérait.
Ami ou ennemi? Elle ignorait où ils étaient sommes et comment ils s'étaient retrouvés enchaînés l’un à l’autre.
Alice Schäfer était une blonde élancée d’une trentaine d’années, dont le chignon était sur le point de se dénouer. Son visage était dur, mais harmonieux. Elle était capitaine de police à la brigade criminelle de Paris. Flics des pieds à la tête. Flics jusqu’au bout des ongles. Flics jusqu’au plus profond de son être.
L'homme disait d'être américain et pianiste de jazz. Son nom était Gabriel Keyne et en temps normal, il habitait à Los Angeles, mais il était souvent sur les routes à cause des concerts. Mais il disait la vérité? Il était vraiment pianiste de jazz, ou il était lui même flic ou médicine ... ou ?...
Le soir précédent, il avait joué au Brown Sugar, un club de jazz du quartier de Temple Bar,à Dublin. Après le concert, il s'était installé au bar et il avait peut-être un peu forcé sur le Cuba libre. Et puis il ne savait plus rien.
Pourquoi Gabriel et elle n’avaient-ils aucun souvenir de ce qui s’était passé la nuit dernière ? Par quels moyens avaient-ils pu se retrouver à Central Park ? À qui appartenait le sang sur le chemisier de Alice ? Où s’était-elle procuré la pistolet ? Pourquoi manquait-il une balle dans le chargeur ? Qui avait écrit au creux de sa main le numéro de téléphone de l’hôtel ? Qui avait lacéré au cutter le bras de Gabriel ? Pourquoi avait-on électrifié celle mallette - là? Que contenait celle seringue - là?
Même si la réalité était difficile à admettre, il n’y avait plus aucun doute à présent. Ils s’étaient réveillés au cœur du « Ramble », l’endroit le plus sauvage de Central Park à New York.
Soudain, le flot de souvenirs remonte plus loin dans le temps, porté par le courant d’un fleuve qui prend sa source au cœur de la douleur et Alice se sentait très seule, envahie par le chagrin et le désarroi. Des flashs aveuglants crépitèrent dans son esprit. Elle repensait à Paul. À leur première rencontre. A leur bébé.
Les souvenirs remontaient à la surface, jaillissant dans son esprit avec la puissance d’un geyser. Les souvenirs de jours heureux qui ne reviendraient plus.
Il y a des moments rares dans l’existence où une porte s’ouvre et où la vie nous offre une rencontre que nous n’attendions plus. De rares instants où quelque chose se déverrouille en nous.
Celle de l’être complémentaire qui vous accepte tel que nous sommes, qui nous prenons dans notre globalité, qui devine et admet nos contradictions, nos peurs, notre ressentiment, notre colère, le torrent de boue sombre qui coule dans votre tête. Et qui l’apaise. Celui qui nous tend un miroir dans lequel nous n’avons plus peur de nous regarder.
Il suffit d’un instant. Un regard. Une rencontre. Pour bouleverser une existence. La bonne personne, le bon moment. Le caprice complice du hasard.
Il faut avoir connu ces moments. Ils durent rarement.
Gabriel s’approcha prudemment à Alice Schäfer. Alice Schäfer était en guerre. Mais, derrière la dureté de ses traits, on devinait par intermittence l’esquisse d’une autre femme, plus douce et plus paisible.
Les hommes, comme Gabriel, cherchent la lumière dans un jardin fragile où frissonnent les couleurs.
La fragilité de cette femme, la solitude qui émanait de ce corps abandonné résonna en lui comme un douloureux écho. Il n’avait fallu que deux secondes, un simple regard posé sur elle, pour que sonnent les trois coups du destin et que, happé par une force irrationnelle, il sache qu’il allait tout faire pour aider Alice Schäfer.
Il y aura des matins clairs et d’autres obscurcis de nuages.
Il y aura des jours de doute, des jours de peur, des heures vaines et grises.
Il y aura des parenthèses légères, des promenades en bord de mer, l’odeur de l’herbe coupée, la couleur d’un ciel de traîne, des jours de pêche à marée basse.
Il y aura de la sueur, du sang, le premier cri d’un bébé. Un échange de regards. Un pacte pour l’éternité.
Et chaque fois, Alice montera au front, la peur au ventre, le cœur serré, sans meilleure arme que son envie de vivre encore.
Chaque fois, elle lui dira que, quoi qu’il puisse t’arriver à présent, tous ces moments arrachés à la fatalité valaient la peine d’être vécus.
En plein cœur de toute difficulté se cache une possibilité.
Le temps passera, la vie continuera.
Et Alice s’y accrocheras.